Portraits des lauréats des Trophées NEOMA ALUMNI 2026
Cérémonie des Trophées NEOMA ALUMNI 2026
(21e édition)
Salon Pourpre & Napoléon
Restaurant du Sénat au Palais du Luxembourg
Lundi 16 novembre 2026 à partir de 18h30
Lancés en 2005, les Trophées NEOMA Alumni permettent de distinguer des diplômés dont la réussite mérite d’être mise en exergue aux yeux de leur communauté. Leur sélection a toujours été guidée par deux valeurs : l’exemplarité et la reconnaissance. Leur carrière professionnelle doit en effet être une référence pour les diplômés, notamment les plus jeunes et ils doivent continuer de porter la valeur de leur diplôme (citations dans la presse, cotisation à l’association des diplômés, etc.).
Parmi les lauréats des catégories professionnelles, l’un des sept lauréats se verra remettre le Trophée du Management 2026, attribué à la suite du vote des diplômés de NEOMA BS et des délibérations d’un jury de professionnels.
Les six lauréats en compétition pour le Trophée du Management 2026
Textes de Patrice Theillout
Prix Direction générale
Pascale Socquet - PGE 1995
Directrice Générale - Prisma Media
Le Titre
En cours d'édition / validation
Prix Finance
Emmanuelle Menning - PGE 2004
CFO & Membre du Comex - Veolia
Finance Vitale
L’or bleu. La formule, évocatrice, est aujourd’hui employée par les économistes pour désigner l’eau. Un élément essentiel à la vie sur terre et à celle, dans sa version douce, des plus de 8 milliards d’êtres humains qui la peuplent. En 2030, le Forum économique mondial prédit que la demande en la matière dépassera l’offre de 40 % et la Banque mondiale estime que les besoins d’investissements en infrastructures liées à l’eau avoisineront les 6,7 billions de dollars US. Réjouissons-nous, le leader de ce gigantesque marché est français : Veolia. Présent sur les cinq continents avec près de 220 000 salariés, le groupe affiche un chiffre d’affaires de 45 milliards d’euros en 2025. “Plus de 40 % de nos activités sont liées à l’accès à l’eau des collectivités et des entreprises”, indique Emmanuelle Menning, sa DGA, chargée des finances et des achats depuis 2024. Les deux autres domaines d’expertise du groupe, gestion des déchets et fourniture d’énergie, concourent également à son ambition de devenir l’entreprise de référence de la transformation écologique, en conjuguant progrès humain et protection de l’environnement. “En conséquence, notre plan stratégique 2024-2027, baptisé “GreenUp”, lie de manière indissociable la performance économique et financière”, précise Emmanuelle, qui chapeaute les deux volets de cette “finance vitale” et pilote des investissements atteignant quatre milliards d’euros par an.
“La décision n’est rien sans son exécution”
Sa trajectoire professionnelle est un sans-faute. Après un début de carrière dans l’audit et le conseil financier puis la banque d’investissement, elle rejoint Veolia Allemagne en 2014, en qualité de Deputy CFO, puis de CFO en 2016. En 2020, au début du processus de rachat par Veolia de son concurrent Suez, elle est nommée directrice financière adjointe avant d’intégrer le comité exécutif du groupe. “Je pense que mon expérience opérationnelle, en Allemagne qui plus est, seul pays avec la France où Veolia déploie ses trois activités, a joué en ma faveur, analyse-t-elle. Le groupe, après avoir transformé son organisation par métier en organisation par zone géographique, renforçait le lien entre les opérations et le siège, ainsi que sa proximité clients. Les finances se sont calquées sur ce modèle : pilotage centralisé mais gestion opérationnelle décentralisée.” Aujourd’hui, en sa qualité de CFO de Veolia, elle met un point d’honneur à développer une connaissance experte des multiples activités de Veolia à travers le globe : unités de dessalement de l’eau au Moyen-Orient, gestion de l’eau aux États-Unis – “notre deuxième marché après la France, et des problématiques de sécheresse croissante dans les zones d’implantation des Data Centers” – ou encore traitement des objets électroniques. “Nous avons la capacité d’atteindre des taux de recyclage de 95 % des minéraux critiques.” Si Emmanuelle Menning est rompue à l’exercice du leadership fédérateur – “il faut savoir convaincre tous nos publics : marchés financiers, membres du Comex, clients, équipes internes…” – elle n’oublie jamais que “la décision n’est rien sans son exécution.” En 2026, Veolia a ainsi finalisé sa plus importante opération de croissance externe depuis Suez en rachetant Clean Earth et devenant le numéro 2 du marché américain dans les déchets dangereux participant à la lutte contre les PFAS, ces “polluants éternels”. La finance vitale est une finance en action.
Prix Marketing
Bérangère Boulon - PGE 2003
Vice Presidente Marketing, Europe - Tiffany & Co
Secrets d’Histoire
“Lors de chaque étape de mon parcours professionnel, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes inspirantes, qui m’ont transmis de précieux enseignements et m’ont offert l’opportunité de vivre de très belles aventures”, souligne la lauréate du Prix Marketing. Son enthousiasme face aux défis et à la nouveauté n’est sans doute pas pour rien dans ces legs successifs. Bérangère intègre NEOMA en 1999, le regard tourné vers le siècle qui s’annonce. En parallèle de l’école, la jeune étudiante conduit chez Assuréa, l’un des plus importants courtiers de France, des études de marché sur l’assurance en ligne, “qui démarrait à peine mais se révélait prometteuse.” À NEOMA, elle opte pour la dominante Systèmes d’Information et se dote d’un solide bagage technique en la matière. À sa sortie de l’école, elle rejoint perenoel.fr, “à l’époque l’un des sites majeurs du e-commerce français.” En charge des relations avec les partenaires, elle s’aguerrit aux différents métiers du digital. En 2002, au retour du Canada, la titulaire d’un MBA de l’Université d’Ottawa intègre Cartier pour en piloter les projets digitaux. “Là encore je suis au cœur de l’innovation. L’iconique horloger-joaillier est la première marque de luxe française à lancer des campagnes de communication en ligne.” Bérangère continue d’enchaîner les missions : responsable de l’expérience client de la marketplace Rue du Commerce, directrice du digital à l’international des marques prestigieuses conseillées par l’agence ZenithOptimedia du groupe Publicis – “Cartier et Richemont, que je connaissais bien, mais aussi L’Oréal Luxe ou Ralph Lauren” – puis responsable du digital pour Hennessy. Une autre expression du luxe, univers qui lui va comme un gant. Sur mesure.
Fiat “luxe” !
Mais en 2014, après quinze années à un rythme effréné, Bérangère a besoin de changer d’air. Elle s’installe à Aix-en-Provence et prend la direction marketing et commerciale d’Assuréa. “Je manage pour la première fois une équipe commerciale.” Une expérience de plus, à laquelle s’ajoute une activité de consultante freelance en digital. Le Fiat “luxe” ! ne va pourtant pas tarder à rallumer ses pupilles ! En 2016, notre experte confirmée du marketing est nommée Digital & Social Media Director pour l’Europe de L’Oréal Luxe. Elle y restera quatre ans. “Une période inoubliable. L’Oréal conjugue une maîtrise parfaite de ses marchés et données clients avec une créativité débridée. J’ai appris énormément et me suis beaucoup amusée !” En 2021, elle prend le poste de Directrice Brand & Consumer Engagement d’Hennessy – “ma marque de cœur”, avoue-t-elle dans un sourire – et travaille étroitement sur les marchés États-Unis, Chine mais également sur les marchés émergents comme l’Afrique, l’Asie du Sud-Est ou les Caraïbes. En mars dernier, Bérangère est nommée viceprésidente Marketing Europe de Tiffany & Co. France. Nouveau défi à la clé. “Si le nom de Tiffany parle à tout le monde, les presque deux cents ans d’existence et l’extraordinaire savoir-faire du joaillier américain sont encore trop méconnus des Européens. À nous de leur raconter cette magnifique histoire, pleine de secrets.” Le patrimoine immatériel est la plus précieuse des pierres.
Prix Ressources Humaines
Fleur Siesse - PGE 2003
Directrice des Ressources Humaines - Chanel - Création Parfums et Beauté
Le goût des autres
Fleur Siesse pilote les ressources humaines des équipes Création Parfums et Beauté de Chanel. Après avoir rêvé, enfant, d’une carrière artistique, elle a fait de l’humain son territoire de création. Elle répond avec authenticité et humilité à nos questions.
Quel fil rouge a tissé votre carrière ?
Trois fils entremêlés : la création, la transformation et l’humain. Enfant, je rêvais d’être styliste. J’ai vite compris que je n’avais pas le talent spécifique pour exercer ce métier. J’ai alors rejoint l’univers du luxe : en matière de création, je ne pouvais espérer un environnement plus inspirant.
Pendant treize ans, au sein du groupe Richemont puis de Cartier, je me suis épanouie dans des postes en marketing et en planning stratégique. Ces expériences m’ont appris qu’une ambition créative ne prend forme qu’à travers un collectif, des expertises complémentaires et une organisation capable de se transformer. Puis, progressivement, je me suis tournée vers les ressources humaines.
Quelles sont les raisons de ce changement d’orientation ?
La place de l’humain. Elle est prépondérante dans un secteur porté par l’exigence d’excellence : celle des créateurs, des fabricants aux savoir-faire experts, mais aussi des équipes commerciales, au contact quotidien d’une clientèle internationale, diverse et particulièrement exigeante. Cette clientèle acquiert non seulement des produits d’exception, mais aussi une histoire, une émotion, une relation et un service profondément personnalisé.
Chez Cartier, j’ai vécu une expérience particulièrement gratifiante, qui a joué un rôle décisif.
Laquelle ?
J’avais convaincu un responsable commercial de prendre les rênes d’une boutique en Afrique du Sud. Quelque temps plus tard, il m’a remerciée avec des mots très forts : “Cette expérience a transformé ma vie.” Je me suis alors dit que c’était peut-être cela, mon talent : reconnaître et faire grandir celui des autres ; les aider à dessiner leur carrière et à s’épanouir dans leur parcours.
Cette expérience a été fondatrice. Elle m’a fait comprendre combien une décision professionnelle, lorsqu’elle est juste et accompagnée, peut avoir un effet profond sur une personne, sa confiance et sa trajectoire. La directrice des ressources humaines de Cartier m’a ensuite prise sous son aile et m’a appris les arcanes d’un métier à part entière. Il ne se résume pas à l’intuition ou à la perception des soft skills et des hard skills : il demande des compétences multiples, une compréhension fine des métiers et une véritable capacité d’écoute. J’ai adoré cet apprentissage.
Quels sont les enjeux RH de Chanel ?
L’excellence ne se décrète pas : elle se cultive, dans la durée. Chanel est une maison plus que centenaire, qui se projette déjà dans les cent prochaines années. La politique de ressources humaines s’inscrit dans cette même ambition. Le talent va de pair avec l’humilité ; le développement des équipes nourrit directement le rayonnement de la Maison. Derrière chaque création et chaque réussite, il y a toujours une équipe.
Les équipes Création Parfums et Beauté présentent-elles des particularités ?
En m’appuyant sur la politique RH de la Maison, je peux miser sur un potentiel ou un talent atypique, et lui laisser le temps d’éclore. Ces équipes réunissent des sensibilités et des expertises très diverses. La rencontre entre intuition, savoir-faire et exigence fait leur richesse. La dimension collective y est essentielle : dialogue permanent, brassage des idées, parfois confrontation des points de vue et, au final, enrichissement du projet. Mon rôle est de veiller à ce que chacun puisse s’exprimer, se développer et trouver sa place dans ce collectif exigeant.
Prix Digital
Jacques-Olivier Martin - TPGE 1990
Directeur de la rédaction - Figaro.fr
Un quotidien exempt de routine
“Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur.” La célèbre citation de Beaumarchais est la devise du journal Le Figaro. Jacques-Olivier Martin l’incarne à merveille. “Je m’évertue de penser en homme libre et indépendant. Aux antipodes des visions partisanes, en m’appuyant sur la vérité des faits, j’essaye de décrypter avec le plus de justesse et d’objectivité possible les profondes transformations du monde dans lequel nous vivons.” Fidèle au secteur de l’information depuis trois décennies, longtemps rédacteur en chef du Figaro Économie, cet alerte cinquantenaire, toujours aussi passionné par un métier qu’il qualifie de “clé d’une vie professionnelle enthousiasmante”, dirige la rédaction du site en ligne du Figaro depuis septembre 2022. “Cette formidable aventure combine mes centres d’intérêt majeurs : l’innovation et l’esprit d’entreprise, moteurs de la création de richesse.” Le journal laisse en effet les coudées franches à cet homme d’expérience, à la tête d’une équipe d’une centaine de journalistes. “Nous tirons l’ensemble de nos revenus de notre travail, sans subvention aucune”, s’enorgueillit Jacques-Olivier. Une tâche rendue plus ardue – et plus essentielle encore – du fait des bouleversements récents du modèle économique de la presse. Convoquons à nouveau Beaumarchais, qui fait dire à Figaro dans Le Barbier de Séville : “La difficulté de réussir ne fait qu’ajouter à la nécessité d’entreprendre.”
Des contenus à valeur ajoutée
“Le combat est rude mais le pari de la qualité reste gagnant, se félicite Jacques-Olivier. Nous sommes un des leaders des audiences avec 6,5 millions de connexions chaque jour et 4,5 millions de visiteurs uniques.” Une fréquentation du site d’autant plus respectable que l’attrait des réseaux sociaux est grandissant. “Tout le monde y prend la parole. Mais la pléthore d’invectives, d’outrances et de théories du complot qu’ils contiennent fragilisent la démocratie.” Face à ces dérives, la ligne de conduite de celui qui se qualifie avec auto-dérision de “vieux journaliste à l’ère du numérique” ne varie pas d’un iota : “nous prenons le meilleur de ce que nous offrent les formidables avancées technologiques. L’actualité est déclinée en formats audios, vidéos et textes. Nos journalistes utilisent l’IA comme outil d’aide à la productivité mais en aucun cas pour rédiger un article. Ce sont d’excellents professionnels porteurs d’une éthique et d’une force de travail qui font la différence.”
Dernier avatar en date dans l’univers de l’information, le lancement des “AI Overviews” de Google en juillet dernier a entraîné un net recul des audiences des sites d’information, de l’ordre de 15 % pour lefigaro.fr. “En réponse, notre objectif est d’accroître le nombre de nos abonnés, qui bénéficient d’un accès premium aux contenus à valeur ajoutée : sujets originaux, investigations, reportages, entretiens avec des personnalités de premier plan.” Et le patron de la rédaction garde l’humeur joyeuse : “Je me rends chaque jour au travail avec le sourire. Je voudrais adresser un message aux étudiants de NEOMA, une formidable école qui apprend la curiosité et l’audace : lancez-vous dans le domaine qui vous passionne !” Et optez, comme Jacques-Olivier, pour un quotidien exempt de routine.
Prix Entrepreneuriat
Daniel Nathan - PGE 2013
Founder & CEO - Homa Games
“Le bonheur est dans le chemin”
Le sport est indispensable à l’équilibre de Daniel Nathan, patron de Homa Games, qui édite et publie des jeux mobiles (notamment hyper-casual et hybrid-casual) via sa plateforme technologique d’optimisation et de scale, et compte parmi les licornes françaises du secteur gaming. Récompensé du trophée entrepreneur, il répond à notre questionnaire musclé.
Comment vous êtes-vous “échauffé” avant d’entreprendre ?
Je ne me suis pas échauffé. Je me suis construit, sachant très tôt que je deviendrais entrepreneur. J’ai beaucoup lu, puis travaillé chaque compétence : vendre en faisant des brocantes, décider en investissant en Bourse, manager en dirigeant des associations. Je me disais : “Si j’arrive à motiver des bénévoles, je saurai bâtir une équipe !”
Votre plus grosse erreur ?
Presque toutes mes grandes erreurs ont été humaines : ne pas convaincre une personne exceptionnelle de nous rejoindre, attendre trop longtemps avant de se séparer de quelqu’un. Je regrette davantage un mauvais recrutement qu’un mauvais pari stratégique.
Votre point fort ?
Je fais confiance à mon intuition pour reconnaître les talents exceptionnels, les réunir et créer les conditions pour réussir en équipe. Même avec l’IA, l’atout principal d’une entreprise, c’est l’humain.
La frayeur qui a fait monter le cardio ?
Je pensais que le grand risque serait de manquer d’argent. Ce qui m’a surpris, ce sont les procédures judiciaires. Quand une entreprise réussit, elle devient une cible. Les premières fois impressionnent car une partie échappe à votre contrôle. Puis on traverse l’épreuve et on a moins peur.
Comment travaillez-vous votre mental ?
Je travaille le corps autant que le mental : course le matin, CrossFit ensuite. Surtout, je change mon regard sur les difficultés : chaque épreuve devient une cicatrice, donc de l’expérience. Ce ne sont pas les épreuves qui nous détruisent, mais la manière dont on les interprète.
Votre décision la plus musclée ?
Chaque fois qu’il a fallu remplacer un manager, réorganiser une équipe, mettre fin à une collaboration. Même quand c’est la bonne décision, humainement c’est difficile. Le leadership, c’est aussi accepter cette responsabilité.
Qui est votre meilleur coach ?
Je prends le meilleur chez ceux que j’admire : discipline, courage, résilience… Je construis mon modèle en empruntant une qualité à chacun et en restant humble pour apprendre.
Que faites-vous pour récupérer ?
Je reste en mouvement ! L’inaction me stresse. Quand je suis fatigué, je dors davantage et réduis l’intensité du sport. La course m’a appris qu’après une séance dure, on peut recourir le lendemain, moins vite. Récupérer, c’est adapter l’intensité.
Comment accueillez-vous ce Trophée ?
Avec gratitude et humilité. Un entrepreneur reçoit le trophée, mais une équipe construit la réussite. Je garde de la distance : un trophée ne paie pas les salaires et ne rend pas les produits meilleurs. Mais il apporte de la reconnaissance aux équipes de Homa.
Votre prochain défi ?
Démontrer qu’on peut construire depuis la France et l’Europe une entreprise technologique parmi les leaders mondiaux. On dit que les plus grandes naissent aux États-Unis ou en Chine. Je ne le crois pas. L’IA redistribue les cartes : c’est une chance historique pour l’Europe.
La question que vous auriez aimé qu’on vous pose ?
“Est-ce que le succès rend heureux ?” Je ne le pense pas. J’aime l’idée, chez Camus, que le bonheur ne vient pas d’un accomplissement final mais de l’intensité avec laquelle on vit. Attendre le prochain succès, c’est repousser le bonheur à demain. Ce qui me rend heureux, c’est construire et apprendre. Le succès est une conséquence. Le bonheur est dans le chemin.
Hors compétition
Prix Engaged
Julien Devaureix - PGE 2005
Créateur de Sismique Podcast - Exploring the deep transformations of our time,
Auteur Le monde change et on n'y comprend rien
Les règles du jeu
“Où va le monde ?” Telle est la question à laquelle Julien Devaureix tente depuis plus de dix ans d’apporter des éléments de réponse. Dans une première vie professionnelle, il accompagne de grands groupes internationaux dans leurs stratégies de transformation digitale. En 2015, ce passionné de prospective prend conscience des risques systémiques inhérents à la trajectoire de croissance exponentielle d’une humanité qui fonctionne en détruisant le vivant. “Nos sociétés doivent faire face à des défis sans précédent : réchauffement climatique, crise énergétique, économique, sociétale, perte de sens, folies politiques, géopolitiques, inégalités…” Julien décide de tout quitter pour enquêter sur “les règles du jeu” qui sous-tendent les grandes mutations de notre époque. “J’ai interviewé des philosophes, des chercheurs, des entrepreneurs, des économistes, des scientifiques, des artistes…” De cette enquête vont naître le podcast Sismique, riche de plus de 300 épisodes et de 12 millions d’écoutes, puis un premier essai, Le monde change et on n’y comprend rien ! (Éditions First, 2023). Julien se garde pourtant de tout verdict. “Ce n’est que ma vision. Je ne détiens aucune vérité. Je propose juste des clés de lecture de l’évolution de l’humanité.” Sa démarche est systémique. Ces défis ne se comprennent pas séparément, et c’est dans leurs interactions que se jouent les mutations en cours. S’y ajoutent quelques convictions simples : “Poser les bonnes questions avant de chercher des réponses, s’écouter, y compris entre personnes en désaccord, et questionner nos modèles, ces représentations du monde que l’on finit par prendre pour le monde lui-même.” Cette interrogation est au cœur de son deuxième livre, Face au réel (éditions Arkhê), paru en octobre. Elle nourrit son travail auprès des entreprises et collectivités qu’il accompagne en prospective, stratégie de transformation et résilience. “Nous vivons une période charnière, complexe, où tous les sujets s’entrechoquent. Nous avons devant nous des choix collectifs d’une importance cruciale, et il nous faut de la lucidité pour les faire.”
Prix Influenceur
Daniella Tchana - MBA-Full Time 2017
Fondatrice – StratIA Advisory
Docteure en STEM, experte en IA & innovation, ambassadrice Women in Tech et de l'inclusion numérique — Top 30 Elle & La Tribune, Top 35 Les Échos, Top 100 Choiseul.
Influenceuse très singulière
“Être différent” est souvent perçu comme un handicap, quand l’expression “il a fait la différence” glorifie ce footballeur qui vient de marquer un but décisif ! Daniella Tchana réconcilie les deux acceptions du terme. “Les différences sont les richesses qui constituent l’identité de chacun.” Et de prendre son propre exemple. “Enfant, j’étais en décrochage scolaire pour troubles de l’attention. Mais mes parents m’ont toujours soutenue dans ma singularité.” Résultats : la jeune surdouée en maths obtient son doctorat en mécanique et nanotechnologie et trouve sa voie : mettre son talent et son énergie au service des exclus du système et autres “profils atypiques.” En 2015, elle fonde BeSMART-edu, une classe prépa scientifique à distance franchissant les barrières géographiques et pédagogiques. “En huit ans, nous avons embarqué 3 500 jeunes dans cette belle aventure.” Sa méthode ? “Exit les longs cours magistraux du système d’enseignement classique. Le cours en ligne est un lieu de questions et d’explications, d’exemples concrets entraînant une meilleure appropriation des connaissances.” En parallèle, fin 2018, Daniella rejoint l’association Diversidays, dont l’objectif est de faire de la Tech l’ascenseur social du XXIe siècle, “en accompagnant les talents sous-représentés ou discriminés dans les métiers du numérique.” L’année suivante, notre mathématicienne continue de multiplier les initiatives et lance STEM4ALL, “pour ouvrir les carrières scientifiques au public féminin et aux jeunes des quartiers prioritaires.” 8 000 ont intégré le dispositif à ce jour ! En 2023, Daniella quitte BeSMART-edu pour fonder StratIA Advisory, conseil en stratégie et intégration de l’IA pour dirigeants. “Nous les amenons à reprendre la maîtrise de l’IA dans l’entreprise, à développer les compétences IA spécifiques dont chacun a besoin dans sa mission et à mesurer les gains réels qu’elle apporte.” Différences toujours. Daniella Tchana est une influenceuse décidément singulière, qui propose non de la copier mais de trouver son propre chemin. “Mon allure et mon langage t’attirent, Tu viens sur mes pas, tu veux me suivre ? Suis-toi toi-même fidèlement. Et tu me suivras, moi !” Le conseil figure dans Le Gai Savoir, écrit par Nietzsche en 1882. Il n’a pas pris une ride.
Prix Espoir
Paulo Stamm De Lima - Global Executive MBA - 2026
Fondateur - Afrika Trust - L'infrastructure de confiance pour l'investissement immobilier en Afrique.
Bâtir la confiance par-delà les frontières
“Présente notamment en Europe occidentale, aux États-Unis et au Canada, la diaspora africaine compte environ 32 millions de personnes, observe Paulo Stamm de Lima. En dix années de déploiement de solutions innovantes dans la fintech, notamment dans les paiements transfrontaliers, j’ai mesuré la force du lien qui unit cette communauté à son pays d’origine et à ses proches. Beaucoup souhaitent y bâtir un patrimoine immobilier, au cœur de métropoles dont la population devrait doubler d’ici à 2050.”
Entre l’intention et l’acte, les obstacles s’accumulent : éloignement géographique, manque de visibilité sur les chantiers et complexité des transferts internationaux. Résultat, de nombreux acquéreurs renoncent, privant les promoteurs locaux fiables d’un puissant moteur de croissance.
Pour lever ces verrous, Paulo a conçu Afrika Trust, proptech incubée par NEOMA et propulsée à Station F. “La plateforme agit comme tiers de confiance. Elle audite la solidité des programmes de construction, offre une vitrine transparente aux promoteurs et sécurise les flux financiers. Grâce à une solution inédite sur le marché, l’acquéreur règle son bien par un simple virement SEPA, sans les frictions des transferts bancaires internationaux : nous orchestrons ensuite le règlement local en Afrique jusqu’à la finalisation de l’acte notarié.”
Le lancement cible en priorité le Sénégal et la Côte d’Ivoire, portés par une vive dynamique urbaine et une hausse annuelle des prix immobiliers estimée entre 8 et 15 %. L’enjeu financier est colossal : près de 15 milliards de dollars sont déjà injectés chaque année par la diaspora dans la pierre africaine. “Nous apportons un cadre institutionnel et sécurisé à un marché préexistant.”
Une levée de fonds est actuellement ouverte pour financer les réserves prudentielles, accélérer la force commerciale et atteindre le point d’équilibre sous deux ans. Le modèle vise un seuil de rentabilité à 265 transactions par an, avec une projection de 330 opérations dès la troisième année.
La feuille de route trace un déploiement graduel vers une douzaine de pays clés, avant d’élargir l’offre : “Notre vision à terme intègre l’investissement fractionné adossé à la blockchain, afin de démocratiser l’accès à la pierre pour tous les budgets.” Porté par une exécution rigoureuse au service d’un marché en pleine mutation, Paulo Stamm de Lima incarne pleinement l’élan récompensé par ce Prix Espoir.
Prix Passion
Matthieu Saint-Denis - PGE 1995
Libraire, propriétaire et dirigeant Krazy Kat, Manga Kat Bordeaux & Angoulême (groupement CANALBD) et Book Lovers
“Krazy” de bonheur !
D’Isabelle Adjani à Étienne Daho, De “j’ai touché l’fond d’la piscine” au “premier jour du reste de ma vie.” Matthieu Saint-Denis a parcouru ce chemin salutaire en trois mois. “Le 1er septembre 2017, ma société, FabZat, fondée six ans auparavant, est en liquidation judiciaire.” Tout avait bien commencé pourtant. L’idée de départ est originale. La start-up propose aux fans de jeux vidéo d’imprimer en 3D leur avatar. Une pièce unique ! Croissance à trois chiffres les trois premières années. Levées de fonds. Xavier Niel devient partenaire. Développement en Chine et aux États-Unis. Mais la roue tourne. “Nos marges étaient trop faibles et le combat inégal, sur ce produit dérivé, avec les géants des RPG (Role Playing Games).” Exit FabZat. À quarante-sept ans, Matthieu, qui n’a plus un sou vaillant en poche, est contraint de retourner habiter chez ses parents et n’a aucune idée de ce qu’il va devenir. “Je suis dos au mur. Je sais juste que pour mes deux enfants, en garde alternée, je dois rebondir. Et vite.” La solution rimera de nouveau avec passion, mais aussi raison et saine gestion, cette fois-ci. “Outre les jeux vidéo, j’adore la BD. À Bordeaux, je suis un client fidèle de Krazy Kat, une librairie spécialisée.” Qui tire son nom de l’iconique “comic strip” à l’univers absurde, déjanté et poétique, né dans les pages du New York Evening Journal au début du siècle dernier. “Pour plaisanter, je dis régulièrement au gérant, devenu un ami : “Ta librairie je vais te la racheter.” Fin 2017, il prend sa retraite et me met au défi d’honorer ma proposition fantaisiste ! J’ai vendu mon appartement, emprunté par miracle le reste de la somme et j’ai dit Banco ! Je ne l’ai jamais regretté.” Le 1er janvier 2018 commence la nouvelle vie de Matthieu.
“Nous travaillons comme des fous !”
Sous la houlette de son nouveau dirigeant, la librairie passe de 800 mille euros à 1,3 million d’euros de chiffre d’affaires en quatre ans. Matthieu est dans son élément. Et plus rien ne l’arrête. Pas même le Covid. “J’ai eu l’idée de livrer sans conditions et gratuitement tous mes clients de Bordeaux ! Ils étaient contents de voir quelqu’un et du point de vue sanitaire, mon argument était “mieux vaut une personne qui se déplace que des centaines qui viennent à la librairie pour du clic & collect.”” L’initiative est saluée et reprise par les médias locaux, “et la notoriété du “chat fou” a bondi !” Constatant l’engouement des Français pour les mangas, Matthieu décide d’ouvrir en 2022 une librairie dédiée à cette clientèle très communautaire : Manga Kat. “Un lieu à la déco soignée, immédiatement identifiable, où les fans prennent plaisir à se retrouver. Le succès a été de suite au rendez-vous.” En 2023, ouverture à Angoulême, sur 160 m², d’une troisième librairie qui reprend le concept : mangas de plain-pied, BD classiques à l’étage. La quatrième voit le jour à Bordeaux en 2025 : Book Lovers, spécialisée dans la “romantasy”, “mélange de romance et de surnaturel, un genre très en vogue.” Matthieu respire l’air du temps comme personne. “Nous avons développé notre chiffre d’affaires de 400 % en huit ans !” Lui et son équipe, “17 personnes, toutes passionnées de BD !”, font mieux que résister, sur un secteur du livre qui subit un recul spectaculaire depuis deux ans, face au modèle numérique et aux grandes surfaces culturelles. “Nos emplacements sont excellents, nos clients viennent chercher auprès de nous lien social et conseil, et nous travaillons comme des fous !” Le mot de la fin d’un homme que sa passion rend “krazy” de bonheur !
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