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Golden boy to piano man

NEOMA Alumni Mag

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20/10/2017

Il a intégré NEOMA BS (campus du Rouen) parce qu'il avait senti "une ville et un campus sympathique, vivant". Après plusieurs années dans le marketing et la publicité, Thomas Zaruba (PGE 2008) a décidé de se consacrer à sa passion première : le piano. Immédiatement après sa sortie officielle, son premier album Slow Down est devenu numéro 1 dans la catégorie jazz sur Bandcamp, site spécialisé dans la vente de musique d’artistes indépendants.

NEOMA ALUMNI Review : Que vouliez-vous faire quand vous étiez petit ?

Thomas Zaruba : Je voulais être sur scène. Je ne savais pas si c’était pour le théâtre ou la musique. Mais chemin faisant, ton entourage a plutôt tendance à te décourager d’aller dans ce genre de voie à risque et instable. Il considère cela plus comme un hobby et pas comme un "vrai" métier qui a de l’avenir. Du coup, comme j’avais une certaine facilité pour convaincre et vendre, j’ai pris une filière sales. Ça m’amusait.

Après quelques années, il y avait un certain côté lassant. En réalité, tu bouffes de la clim, tu passes de l’aéroport au taxi, du taxi à l’hôtel, de l'hôtel au restaurant… Je me souviens d’ailleurs qu'Ewan Ormiston (professeur de marketing à NEOMA, campus de Rouen) avait arrêté sa brillante carrière dans le marketing à cause de cela. À l’époque, je n’arrivais pas à le comprendre. Aujourd’hui, après l’avoir vécu, son message a raisonné fort en moi, comme un écho.

De plus, ce rythme de vie n’est même pas bon physiquement. Tu n’as plus de temps pour toi, tu n’es jamais chez toi. J’étais dès 5 heures du matin dans les points de vente (supermarchés, centrales d’achats). Si tu ne le fais pas, ton concurrent va y aller et te piquer des parts de marché. La règle du jeu est la suivante : plus tu as d’emplacements, plus tu as de stocks vendus, plus tu fais de chiffre. Parce que si le client cherche ton produit et qu’il ne le trouve pas, soit il va aller vers le concurrent, soit abandonner l’idée d’acheter. Résultat : une vente perdue.

NAR : Pouvez-vous nous expliquer comme s’est passé votre changement de carrière ?

T. Z. : Ça faisait longtemps que ma copine insistait pour que nous allions à Vienne. Nous y sommes allés du 13 au 15 novembre 2015. Dans le showroom du fabricant viennois Bösendorfer, j’ai pu jouer sur leur plus grand piano : l’Imperial Bösendorfer (2,90 mètres !). Pendant plus d’une heure j’ai laissé mes doigts aller et venir sans voir le temps passer. Plus tard, deux amis différents m’envoient des SMS pour me demander de venir passer la soirée avec eux. L’un me propose d’aller au Carillon, l’autre rue de la Fontaine au Roi. La suite de cette soirée est tristement connue de tous. Ton quotidien en est à jamais chamboulé. Si j’étais mort ce soir-là, je n’aurais pas supporté qu’on retienne de moi : "Thomas Zaruba, 33 ans, travaillait dans la pub". Ça a été pour moi comme un électrochoc.

Je décide très vite de quitter mon employeur et en mars 2016 je loue trois journées de studio pour enregistrer mon album Slow Down à Prague. L’album a vu le jour entre 2 et 3 heures du matin et en une seule prise, en improvisation complète. J’ai voulu que les titres restent dans leur élément originel, donc il n’y a aucune retouche, pas d’editing. D’ailleurs, si tu as du très bon matériel audio, tu pourras même entendre ma chaise grincer par moments (rire). Rien d’autre de bon n’est sorti de cette session, à part ce moment précis au milieu de la nuit ; un petit peu comme par magie.

NAR : Les ventes ont immédiatement été excellentes. Quelle a été votre réaction ?

T. Z. : J’ai halluciné (rire). J’ai envoyé des albums en Suisse, en Corée, etc., sachant que des gens ont aussi acheté le vinyle, sans même me connaître. C’est incompréhensible. J’ai même des clubs de méditation et de yoga qui m’achètent le disque (rire). Le plus bel e-mail que j’ai reçu à ce jour provient du père d’une victime des attentats du 14 juillet 2016 à Nice. Ce dernier m’a écrit que ma musique était un médicament pour la reconstruction de sa famille. Ce genre de message est la plus belle reconnaissance que je puisse recevoir de mon public.

Cette musique gravite autour de plein de choses : des gens qui ne vont pas bien, d’autres qui veulent se concentrer dans leur open-space, d’autres encore qui veulent calmer leur enfant, des femmes enceintes, etc. Elle s’adapte en fonction du moment ainsi que des personnalités. J’en parlais avec un producteur qui me disait que ces gens que j’ai touchés en plein coeur seront les personnes les plus fidèles au monde pour la suite de mon travail. Je pense que je n’atteindrai jamais le hit-parade mais que, par contre, j’aurai un noyau de fans solides. Et ça, c’est très précieux.

NAR : Quel lien faites-vous entre votre ancienne « carrière » et celle-ci ?

T. Z. : Pour moi, il n’y a pas d’ancienne et de nouvelle vie. C’est une continuité. Le piano m’a toujours accompagné. Cela dit, si je n’avais pas "rompu" avec mes jobs d’avant, je n’aurais pas été aussi loin dans ce projet, parce que je n’aurais tout simplement pas eu le temps. Cet album m’a pris neuf mois de travail, tous les jours, il m’habitait jour et nuit.

NAR : Si jamais il n’y avait pas eu les attentats, travailleriez-vous encore dans la pub ?

T. Z. : Je ne regarde jamais mon passé avec des "si". Lorsque j’étais gamin, j’ai été hospitalisé en urgence sept fois, j’aurais pu mourir sept fois. Si ma mère australienne n’avait pas rencontré mon père canadien à Zurich, je ne serais même pas né (rire). Ça ne tient à rien. La vie est pleine d’incertitudes et c’est beau.

NAR : Y a-t-il des choses que vous avez apprises à NEOMA BS et que vous réutilisez aujourd’hui ?

T. Z. : Parler en public. L’école m’a largement renforcé sur ce point. Capter l’attention immédiatement, c'est très important. Il faut que personne ne te lâche, que ce soit interactif, etc. Les Américains sont très bons là-dedans. Ils sont en représentation quasi constante. C’est fondamental comme compétence. Cela te sert dans la vie de tous les jours.

Sa bio
Depuis 1983 : Pianiste
2005-2006 : Sales chez L’Oréal
2006-2007 : Responsable merchandising chez L’Oréal
2008 : Diplômé de NEOMA BS, MBA « marketing et communication »
2009-2010 : Relationship Manager à la Société Générale, à New York
2011-2015 : VP European Business Development chez TVTY

2015-2016 : Head of Programmatic chez Teads/Altice Media

 

J’y ai aussi appris qu’il n’y pas de limite. Tu peux tout faire après NEOMA. Il n’y a pas qu’une seule voie, il ne faut pas attendre le job idéal. Il faut le créer soi-même en fonction de ce qu’on aime. Prépare ton projet en avance : si tu es bon, aligné, sincère et persévérant, tu réussiras !

NAR : Avez-vous des projets pour le futur ?

T. Z. : J’ai déjà donné un concert en mars 2017 pour la cérémonie officielle de prise de fonction du nouvel ambassadeur tchèque à Paris et un autre à la Saline royale d’Arc-et-Senans dans le cadre d’un symposium autour du zen, du bien-être et de la méditation. Je suis en train de préparer deux nouveaux albums : un premier qui verra le jour cette année et sera constitué d’interprétations de grands standards de jazz des années 1930 à 1950, probablement uniquement en digital, et un autre pour 2018 suite à une commande de la République tchèque pour célébrer le cinquantenaire du Printemps de Prague et de Mai 68 à Paris ; un album qui a comme objectif de créer un pont entre ces deux capitales.

Je suis convaincu que le succès n’est qu’une des vagues par laquelle je vais passer. Cela monte et peut descendre très vite. Peut-être que dans quelques années, je ferai quelque chose de complètement différent. Tout est possible et ça, il ne faut pas cesser de se le répéter jusqu’à la fin de sa vie. J’en veux pour preuve un élève pianiste débutant de 80 ans qui jouait parfaitement après un an de travail et qui s’est ensuite mis au saxophone avec autant de brio !

Source : NEOMA Alumni Review 12

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  • PGE 2008
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